Les lectures guadeloupéennes
- dameoiselledepapier
- 20 févr. 2023
- 6 min de lecture

Avec ce post, je voudrais souligner la difficulté à trouver des livres de littérature guadeloupéenne hors Maryse Condé. J’ai dû faire telleeeeement de recherches pour trouver des livres qui sortent des sentiers battus.
Ce fut un travail de longue haleine car lorsqu’on commence les recherches, on nous propose des livres des Caraïbes en général. Alors oui la Martinique et la Guadeloupe ont peut-être une histoire commune (je dis ça mais je ne sais pas hein !) n’empêche que j’ai été assez dérangée que beaucoup généralisent cette littérature. Par exemple, je ne voulais pas lire Chamoiseau qui est d’origine martiniquaise ni ne voulais lire Dany Laferrière qui est haïtien ! Je voulais de la littérature guadeloupéenne !! Et ce qui tombe plutôt bien dans cette sélection, ce sont les femmes qui sont en surnombre ! Dans toutes les histoires, il y a la question de l’identité et pour cause ! Peuple façonné par les colons européens qui ont extirpé les africains de leur pays pour les faire travailler sur des îles. Beaucoup de souffrance dans toutes ces lectures et la question récurrente : es-tu français ? africain ? ou guadeloupéen ? C’est en tout cas ce qui ressort de mes lectures même si je ne me sens pas du tout légitime à parler de cela…

NOUVELLES DE GUADELOUPE, collectif. Première lecture guadeloupéenne avant le voyage, j’ai entrepris ce recueil dans l’idée de me plonger en douceur dans l’histoire de cette île via des nouvelles. Je ne saurais dire si j’ai bien fait ou non car cette lecture ne fut pas la plus réussie. Pourtant ça partait bien car il y a plus d’autrices (3/5) que d’auteurs (j’ai à cœur d’inclure dans mon quotidien de lectrice plus de femmes que d’hommes considérant que j’ai lu bien assez d’hommes durant mes études de lettres). Oui mais voilà, anciennement très adepte des nouvelles, j’ai trouvé qu’ici ça ne fonctionnait pas. Il est écrit « Nouvelles de Guadeloupe » mais j’ai l’impression que les écrits choisis ne vont pas assez loin dans la culture guadeloupéenne afin d’être immergé complètement. Il m’a manqué un petit quelque chose et j’exagèrerai à peine si je disais que sans regarder le titre, on ne se sent pas plus en Guadeloupe qu’ailleurs. Il m’a manqué ce petit quelque chose que j’ai découvert dans d’autres lectures, par la suite. Si vous souhaitez découvrir cette île, je ne vous conseille pas cette lecture, au risque de passer à côté de la beauté de cette littérature.

LÀ OÙ LES CHIENS ABOIENT PAR LA QUEUE d’Estelle-Sarah Bulle Si je n’avais eu à lire qu’un seul livre avant de partir, je voulais lire celui-ci. Pourquoi ? Car d’après le résumé on découvre le destin de 3 femmes de générations différentes liées par la même famille. La Guadeloupe des années 40 à aujourd’hui, la vie rurale sur l’île, l’exil vers la métropole. Bref, que des thèmes qui me parlaient via cette littérature. Et j’ai été servie ! Ce roman est un coup de cœur. Un vrai de vrai. Un de ceux durant lequel on découvre VRAIMENT tout un peuple, toute une culture. Qu’est-ce que j’ai aimé ! J’ai été tout de suite plongée dans ce langage créole, la culture d’avant l’urbanisation de l’île, les croyances, la sorcellerie, les odeurs, les couleurs. C’est dans ce roman que j’ai découvert tout ce que je vais découvrir par la suite dans toutes les histoires, ou presque : le tambour ka, le fruit à pain, les combats de coq, les noms des poissons, … Et puis, tout n’était pas émerveillement, loin de là. Loin de l’image de carte postale qu’on peut se faire de l’île, dans ce roman, on découvre vraiment leur culture, leur triste histoire. Et c’est à partir de là qu’on aime à ce point la littérature ! Car les auteurs et autrices ont cette capacité à nous embarquer dans leur univers pas si imaginaire que cela. Je voudrais pouvoir mieux en parler pour que tout le monde découvre les personnages d’Estelle-Sarah Bulle, tous aussi complexes les uns que les autres. Et c’est d’ailleurs ce qui m’a le plus plu, au-delà de la découverte de la Guadeloupe, ce sont les personnages. Car ce roman est un roman chorale et chacun raconte sa version de l’histoire. Ce qu’ils ont ressenti à tel moment alors que le frère ou la sœur n’a pas du tout ressenti cela. La complexité des rapports humains et savoir comment on crée son identité dans une famille qui ne nous ressemble pas et dans un pays où l’identité est loin d’être clair.

LE CŒUR A RIRE ET A PLEURER de Maryse Condé De Maryse Condé, je voulais lire Moi, Tituba sorcière. Cependant, je ne l’ai pas trouvé en bouquinerie. Alors, quand au détour d’une étagère, je suis tombée sur celui-ci, sous-titré «Contes vrais de mon enfance», je me suis dit qu’il ferait parfaitement l’affaire ! J’allais découvrir la vie de cette autrice antillaise si célèbre. Sans attendre, ce livre est un coup de cœur. Ce sont des parenthèses de vie que Maryse Condé nous raconte : « Leçon d’histoire », « Yvelise », « La plus belle femme du monde », « Bonne fête, Maman ! ». De chapitres en chapitres, je me sentais plus proche d’elle, comme si j’avais pu la prendre dans mes bras pour la consoler. De sa naissance, à la découverte du racisme en passant par la solitude. J’ai apprécié que les chapitres soient courts après la lecture relativement complexe de Là où les chiens aboient par la queue ; moins de personnages et un glossaire créole. Ce fut une belle entrée en matière dans la découverte de cette autrice et surtout sa si belle écriture. Maintenant il me tarde de lire Moi, Tituba sorcière.

PLUIE ET VENT SUR TELUMEE MIRACLE de Simone Schwarz-Bart Comment vais-je pouvoir vous donner envie de lire ce livre ?
Cette lecture a été pour moi la plus difficile d’entre toutes. Mais je voulais aimer, être emportée ! Mais je crois que ça a échoué malgré moi. Avant toute chose, je tiens à dire que cette autrice a une écriture merveilleuse, si poétique ! J’ai été subjuguée, à souligner des phrases toutes les deux pages ! Rien que pour ça, je vous souhaite de la rencontrer dans votre vie de lecteur.rice. Le roman se découpe en 2 parties : « Présentation des miens » et « Histoire de ma vie ». Dans la première partie on y rencontre la Reine Sans nom, la grand-mère du personnage principal de la deuxième partie, Télumée. Et elle m’a telleeeeement plu. On entre dans cette histoire comme on entre dans un bain bien chaud. On s’y sent bien, on peut y rester longtemps… Mais je n’ai pas su y rester trop longtemps car lorsqu’est arrivée la deuxième partie, l’autrice m’a perdue. Et quel dommage ! Je regrette tellement d’être passée à côté de cette lecture... Je ne saurais pas dire si je n’ai pas réussi car je n’étais pas dans le bon état d’esprit, si je n’avais pas déjà lu « trop » de livres reprenant plus ou moins les mêmes thèmes. Je me dis aussi que c’est vraiment une histoire, une écriture qui me sortent de ma zone de confort et quelques fois on n’est pas prêt pour ça… Cette autrice requiert certainement beaucoup d’attention… Toujours est-il que je n’arrivais pas à me concentrer et à lire plus de 5 pages de suite. Je ne retenais pas ce que j’avais lu. Lorsque je reprenais pied, je lisais de si belles choses : « Au-dehors, les étoiles semblaient danser autour de la lune, et c’était comme si toute la beauté et la vie même s’étaient réfugiées dans les astres. Le ciel paraissait animé, parcouru d’ondes, d’effluves et on sentait que c’était un domaine qui excluait les hommes, mais dont la seule existence suffisait à les apaiser. » Je l’ai à peine fini, survolant les dernières pages. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Quand nous serons revenus de voyage, je lui donnerai une seconde chance ! Je le lirai à nouveau ! Car je veux aimer ce livre !




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